Le sommeil du bébé

Sibylle Lüpold, La nuit aussi, les enfants ont besoin de nous

Pourquoi les méthodes «d’apprentissage du sommeil» sont à déconseiller…

Tant le jour que la nuit, les bébés et les bambins ont besoin d’un prise en charge aimante et de la proximité de leur(s) personne(s) de référence. Leurs besoins restent les mêmes 24 heures sur 24, et ils n’ont pas encore la notion du temps. Laissé seul, le bébé ou le bambin ressent une grande peur. Dans le cas normal, il est amené à activer un mode d’attachement sain: c’est-à-dire qu’il met tout en œuvre pour atteindre sa personne de référence. Il va donc pleurer pour amener ses parents à le prendre près d’eux, à le consoler et à lui procurer un sentiment de sécurité. Si les parents ne réagissent pas à son besoin de proximité et de protection, il ressent une douleur de séparation et une rupture de confiance qui peut entraver la construction d’un attachement dit «sécure», et porter préjudice à son développement ultérieur. C’est pourquoi il est étonnant que des personnes qui remplissent une fonction de conseil auprès des parents continuent à leur suggérer les méthodes «d’apprentissage du sommeil» (méthode Ferber ou «controlled crying» en anglais; notamment propagée en français dans les ouvrages suivants: Pro- tégez le sommeil de votre enfant, par Richard Ferber, Editions ESF 1990, ou Mon enfant dort mal, par Marie-Josèphe Challamel et Marie Thirion, Pocket 2005). Ces méthodes impliquent de laisser l’enfant seul, la nuit dans le noir, même si de toute évidence cette situation le fait souffrir. Le «laisser-pleurer» largement pratiqué jadis est aujourd’hui récusé par tous les spécialistes comme une méthode très douloureuse et néfaste pour l’enfant. Mais le laisser-pleurer entrecoupé d’intervalles (conditionne- ment à frustration dosée, ou encore extinction adaptée) est souvent approuvé, bien que ces méthodes soient tout aussi problématiques pour l’enfant. Angoissé et stressé, celui-ci ne se rend probablement même pas compte des quelques minutes d’attention prévues par ces méthodes, minutes qui servent bien davantage à calmer la mauvaise conscience des parents. Jusqu’ici les effets secondaires de la méthode Ferber n’ont été étudiés par aucune étude prospective contrôlée. Mener une telle étude serait d’ailleurs éthiquement inadmissible. Dans ces conditions, est-il défendable que les personnes conseillant les parents leur recommandent la méthode Ferber?

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Cette brochure s’adresse à toutes celles et ceux qui travaillent dans le domaine des conseils aux parents. Elle vise à démontrer que d’un point de vue scientifique, les méthodes «d’apprentissage du sommeil» ne sont plus défendables à l’heure actuelle. Ces méthodes peuvent nuire au développement de l’enfant et entraver la construction d’une relation de bonne qualité entre l’enfant et ses parents. Un constat clairement démontré depuis longtemps par la recherche sur l’attachement et la recherche médicale sur le cerveau, et aussi par l’expérience du travail de consultation auprès des parents. Pour appuyer ces résultats scientifiques, je donne aujourd’hui la parole aux expertes et experts de diverses disciplines. Par cette démarche, j’espère vous associer à une réflexion critique sur cette question.

 

Theresia Herbst, licenciée en sciences naturelles, psychologue de l’enfance, Vienne

«L’attachement ‚sécure’ de l’enfant à sa personne de référence est considéré comme le meilleur départ possible dans la vie sur le plan du développement émotionnel et psychosocial. Lire la suite

 

Prof Dr Klaus E. Grossmann, chercheur scientifique dans le domaine de l’attachement, Université de Regensburg

«Pleurer est l’une de rares manifestations permettant aux nourrissons de s’exprimer, notamment et surtout lorsqu’ils sont laissés seuls la nuit. Lire la suite

Il est vrai que ces enfants arrêtent tôt ou tard de pleurer, mais c’est plutôt par épuisement et résignation. Ils n’apprennent pas à remplacer les pleurs par une manière plus différenciée et plus agréable de communiquer. Les pleurs sont un signal d’alarme qui, de par la nature humaine, interpelle très fortement les adultes afin de les empêcher de s’y habituer. La fonction des pleurs est ainsi d’amener les parents à s’occuper des enfants. Du point de vue de l’histoire de l’espèce humaine, les pleurs sont un appel à l’aide lié à la peur de mourir si l’on est laissé seul.

Les thérapeutes sensibles aux besoins des bébés n’engagent pas les parents à ignorer les pleurs, mais les soutiennent dans l’effort de répondre de manière adéquate et rapide aux manifestations plus subtiles émises par le bébé. Les pleurs ne sont pas un «comportement opérant» mais une manifestation vitale qui est à la base du bien-être et de la richesse de communication entre le bébé et les personnes auxquelles il est attaché. La syntonisation peut être difficile par moments, mais le bébé laissé seul sans aide est condamné à abandonner par épuisement. Comment cela peut-il être considéré comme un succès?

Le bébé a besoin de proximité, y compris pour s’endormir, ce qui demande une certaine adaptation, pas toujours simple, de la part des parents.

L’enjeu du développement de l’enfant n’est pas l’extinction des pleurs, mais bien une meilleure communication avec nos enfants en bas âge, qui prend progressivement la place des pleurs.»

 

Dr en médecine William Sears, pédiatre, Californie

«Si vous ne réagissez pas aux pleurs de l’enfant, vous appliquez un principe bien connu de la théorie de l’apprentissage: un comportement qui n’est pas renforcé s’arrêtera bientôt. Cette approche est problématique pour deux raisons, à mon sens: premièrement, les pleurs de l’enfant sont considérés comme un comportement négatif, à éliminer – une vision tout à fait erronée. Deuxièmement, une telle manière de faire peut induire des effets néfastes pour l’estime de soi que l’enfant est appelé à développer. Un bébé qui pleure et que personne n’écoute sera moins motivé à crier – ce qui peut donner à penser que la méthode est efficace. (…) Mais si le bébé perd confiance quant à sa capacité à communiquer, il perd également confiance quant à la disposition de sa personne de référence à s’occuper de lui. Lire la suite

De plus les promoteurs des méthodes dures avancent souvent le fait que le bébé devrait apprendre à dormir. Mais en ne réagissant pas à ses pleurs, vous n’apprenez pas à votre enfant à dormir.

La seule chose que vous lui apprenez, c’est que ses pleurs n’ont pas de valeur communicative. Si le bébé ne suscite aucune réaction en pleurant, il peut effectivement se rendormir seul, mais ce sera le signe d’un repli sur soi, lié à la déception que ses signaux ne soient pas perçus – le nourrisson abandonne. Cette méthode me révulse: c’est un acte de dressage nocturne, ce n’est pas une prise en charge nocturne des enfants. Le dressage, c’est bon pour les animaux de compagnie, pas pour les enfants.»

 

Dr en médecine Rüdiger Posth, pédiatre, spécialiste en psychothérapie de l’enfance et de l’adolescence, Bergisch-Gladbach

«Toute tentative de conditionnement visant à imposer par la force une tolérance à l’endormissement, ou au fait de dormir sans interruption sans la présence des personnes de référence, même si la perspective prétendue est le futur comportement de sommeil de l’enfant, est néfaste et inacceptable du point de vue humain et éthique, comme d’ailleurs tout acte de ‚laisser-pleurer’. Lire la suite

«(…) Il est absurde (…) de vouloir apprendre à un nourrisson à reporter la satisfaction de ses besoins à plus tard, en le faisant sciemment attendre et en le laissant pleurer en fonction d’un minutage. Fondé sur le conditionnement négatif, ce principe éducatif qui ne fonctionne qu’en apparence est une des pires erreurs que les êtres humains puissent commettre à l’encontre de leurs plus jeunes descendants. Même si le conditionnement aboutit au succès escompté quant au comportement du bébé, c’est toujours aux dépens de son développement émotionnel! La frustration et le stress négatif induits par l’effort d’éviter de pleurer, donc par le conditionnement, nuisent (…) inévitablement à la santé psychique et au développement organique du cerveau.»

 

Prof Dr Gerald Hüther, directeur du service central de recherche en prévention neurobiologique aux Universités de Göttingen et Mannheim

«Il est évident que [la méthode Ferber] n’est pas seulement un stress pour le bambin, mais aussi un ébranlement profond et durable de sa confiance en lui- même (il constate que ses cris ne servent à rien), et de sa confiance en ses personnes de référence (elles ne viennent pas quand il les appelle). Lire la suite

 

Dr en médecine Gudrun von der Ohe, lactation IBCLC, Hambourg

A propos de la méthode Ferber:
Cette méthode est un triste reflet du traitement que notre société réserve aux enfants. Personne ne demande aux familles comment elles arrivent à faire face avec amour aux besoins de leur bébé. En revanche, après quelques semaines, on leur pose la question qui semble la plus importante: ‚Est-ce qu’il fait ses nuits?’ Les parents qui doivent répondre non à cette question se sentent interpellés: ‚Avons-nous mal fait?’ Lire la suite

 

Dr en médecine Michael Abou-Dakn, IBCLC, médecin-chef à la clinique de gynécologie et d’obstétrique à l’hôpital St. Joseph, Berlin

«Les enfants ont besoin de la proximité de leurs parents et doivent apprendre à pouvoir compter sur cette présence. La proximité des parents en situation d’endormissement est justement un aspect fondamental de l’attachement ‚sécure’ pour la vie ultérieure de l’enfant. Il est impossible de ‚gâter’ un enfant. Lire la suite

Malheureusement, le souhait que l’enfant dorme longtemps et s’endorme facilement est devenu le sujet brûlant de notre époque. Jadis c’était la propreté précoce que l’on exigeait des enfants. Aujourd’hui c’est la faculté de s’endormir et de dormir sans problème. Il faut mettre en cause ces tendances, donner une information de qualité aux parents et leur prodiguer des conseils pertinents. Reste à espérer que tous les faux guides et autres manuels trompeurs posés au chevet des nouveaux parents passeront bientôt… à la poubelle.»

 

Dr Luciano Gasser, psychologue du développement et enseignant à la Haute école pédagogique de Lucerne

«Il existe probablement un clivage malheureux entre les spécialistes et les praticiens. Les articles des journaux spécialisés ne sont publiés qu’après approbation par plusieurs experts sous forme anonymisée. Par contre les guides pour le grand public [comme ceux qui conseillent la méthode Ferber] ne subissent pas ce genre d’expertise. Et les pédiatres ont parfois des idées assez vagues sur la psychologie du développement (…).

Est-ce un succès que l’enfant cesse d’exprimer ses besoins? Nous savons pertinemment que la construction d’un attachement ‚sécure’ au cours de la première et deuxième année de vie est la base de toute l’évolution future de l’enfant. Lire la suite

 

Dr ès lettres Franz Renggli, psychanalyste, thérapeute de la famille et du bébé, Bâle

«Le programme d’apprentissage du sommeil est une méthode qui obstrue toute émotion. Cette technique développe des impacts énormes sur la perception émotionnelle future d’un être humain, et est condamnée à ressurgir de façon problématique dans tous ses rapports avec autrui.»

 

Jane Daepp-Kerrison, sage-femme et consultante en lactation, Arbon

«En lisant [les guides qui conseillent la méthode Ferber], je me demande parfois pourquoi les mères ne remettent pas en question les affirmations que l’on y trouve. Par exemple l’idée que le programme d’apprentissage du sommeil permettrait à l’enfant de désapprendre à pleurer. En tant que mère, je me demanderais: ‚Mais est-ce que je souhaite vraiment que mon enfant désapprenne à pleurer?’ Le fait que tant de parents soient réceptifs à ces livres me laisse songeuse. Aujourd’hui, on veut tout contrôler et on n’est plus disposé à accepter un enfant tel qu’il est.»

 

Dr en médecine Caroline Benz, Prof Dr en médecine Remo Largo, Kinderspital Zürich

«Nous avons fait l’expérience que les enfants, mais aussi les parents sont souvent dépassés par la méthode du ‚laisser-pleurer’ contrôlé (‚controlled crying’) selon Ferber. Habitués pendant des mois à la présence et à l’aide des parents pour s’endormir, les enfants réagissent évidemment par la peur. Et les parents sont dépassés par l’intensité, inattendue pour eux, de ces réactions et arrêtent l’application de la méthode.

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Prof Dr Jürgen Zulley, chercheur scientifique dans le domaine du sommeil, directeur du centre de médecine du sommeil à Regensburg

«Beaucoup de bébés et de bambins ne peuvent pas s’endormir seuls, ils ont besoin de la présence de leurs parents – et je pense qu’il est erroné de vouloir leur désapprendre ce besoin, sain en tant que tel. (…) Vous ne pouvez pas forcer un bébé ou un bambin [à faire ses nuits] tant qu’il n’est pas mûr pour cette étape. Tôt ou tard, tout enfant fera ses nuits, mais chacun possède son propre rythme.»

 

Jörn Borke, directeur de la consultation pour bébés à Osnabrück, psychologue du développement diplômé et collaborateur scientifique de la Prof Heidi Keller

«Je trouve très préoccupant que la méthode Ferber soit encore considérée comme la seule option par nombre de corps de métiers. La situation de sommeil devrait être mieux explorée, au lieu de systématiquement conseiller [le livre propageant la méthode]. En outre, il peut être problématique que des parents achètent le livre et appliquent eux-mêmes le programme Ferber. L’application inappropriée peut même renforcer les difficultés.»

 

Paula Diederichs, psychothérapeute corporelle, directrice de la consultation «bébés aux besoins intenses», Berlin

«Désespérée, la mère accepte des stratégies d’aide [comme la méthode Ferber] qui ne la convainquent pas vraiment. Dans des conditions normales, elle réagirait probablement en se disant: Non, je n’applique pas ce genre de méthodes à mon enfant! Mais dans cette situation de détresse, elle est prête à tout. Elle souhaite seulement que cette situation de vie intenable change. Lire la suite

Certains guides, comme l’exemple cité, se vendent très bien, tout en étant très problématiques du point de vue de la thérapie corporelle et en proposant des méthodes cruelles et angoissantes.»

 

Dr en médecine Herbert Renz-Polster, pédiatre, enseignant à l’Université de Heidelberg

«Concernant la méthode Ferber, il ne faut s’attendre à aucun succès pédagogique, et d’ailleurs aucune preuve scientifique ne vient appuyer cette méthode. Il n’y a aucune indication permettant de dire que ‚apprendre à s’endormir’ selon Ferber est bénéfique pour le développement de l’enfant. (…) S’endormir seul peut donc être considéré comme un gain du point de vue des parents ou de la famille. Pour l’enfant, s’endormir plus rapidement ne correspond à aucun progrès en termes de compétences. Lire la suite

 

Dr Katherine Dettwyler, nutritionniste et anthropologue, Texas

«Il est normal pour un bébé d’entrer en émoi s’il se réveille et que personne n’est près de lui. Il n’existe AUCUNE situation ‚naturelle’ dans laquelle on pourrait attendre d’un bébé qu’il s’endorme seul, se rendorme seul en cas de réveil et se console lui-même (…). Lire la suite

 

Dr en médecine Carlos González, pédiatre, Barcelone

«Les enfants n’ont pas beaucoup d’exigences. Pour les choses qui ne comptent pas vraiment pour eux, ils se plient volontiers à nos humeurs et font ce que nous attendons d’eux. Mais si nous leur demandons de dormir seuls, nous exigeons une chose contraire à leurs instincts les plus essentiels, et la lutte est dure. (…) Lire la suite

 

Dr Franz Paky, médecin-chef, pédiatre, directeur de la consultation «bébés aux besoins intenses», Mödling

“L’art de faire dormir son enfant”
(…) Rien de pire pour un enfant que de perdre la protection et la tendresse des parents. Lire la suite

La méthode Ferber
Comme il est difficile d’appréhender tous les aspects de la question, les livres qui se limitent à proposer un conditionnement ou un dressage du comportement enfantin rencontrent un grand succès. Lire la suite

«Il est intéressant de voir que les méthodes de conditionnement sont principalement issues du dressage des animaux. Lire la suite

Les étapes naturelles du développement enfantin ne peuvent pas être accélérées de manière favorable. C’est quand il a atteint le degré de maturité nécessaire que l’enfant apprend à manger, à parler, à marcher, à ‚être propre’, à s’endormir seul ou à faire ses nuits. (…) Lire la suite

LITTÉRATURE

„Ich will bei euch schlafen!“ Ruhige Nächte für Eltern und Kinder von Sibylle Lüpold, Urania Verlag, Stuttgart 2009 ISBN 978-3-7831-6164-9 144 Seiten, Paperback Euro (D) 14,95 / sFr (CH) 27,50 / Euro (A) 15,40

POUR EN SAVOIR PLUS

  •  Dewar, Gwen: Sleep training: The Ferber method and its alternatives. www.parentingscience.com/Ferber-method.html, 2008
  •  Didierjean-Jouveau, Claude Suzanne: Partager le sommeil de son enfant. Editions Jouvence, 2005.
  •  Gordon, Jay: Changer la routine de sommeil dans le lit familial. http://maternage.6mablog.com/post/2010/05/11/Changer-la-routine-de- sommeil-dans-le-lit-familial-dr-Jay-Gordon
  •  Lüpold, Sibylle: Ich will bei euch schlafen! Urania Verlag, 2009
  •  Mc Kenna, James: Sleeping with your Baby. Platypus Media Washington, 2007
  •  Pantley, Elizabeth: Un sommeil paisible et sans pleurs. Editions ADA, 2005
  •  Roques, Nathalie: Dormir avec son bébé. Editions L’Harmattan, 2003.
  •  Sears, William: Etre parents le jour… la nuit aussi. Editions Ligue Internationale La Leche, 1992.
  •  Sears, William, Comment aider votre enfant à dormir, Editions Ligue Internationale La Leche, 1988.

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